Une organisation comme l’Union canadienne des employés des transports (UCET) ou l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) ne vient pas de nulle part, mais est plutôt le résultat de nombreuses années de travail acharné et d’efforts inlassables. Il est trop facile d’oublier ceux et celles qui ont bâti notre mouvement, ou les noms des personnes et des organisations qui ont contribué à faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Notre cheminement historique est long, et remonte bien avant le dernier demi-siècle.

Partie I : Construire un syndicat pour la main-d’œuvre fédérale

C’est en effet au tout début du siècle dernier que les personnels à l’emploi du gouvernement fédéral commencèrent à s’organiser. On ne parlait pas encore de syndicat, mais l’intention était bien là. La fin des années 1800 a vu la syndicalisation des travailleurs et travailleuses s’accroître fortement parallèlement à l’adoption de diverses lois légalisant les syndicats. Le gouvernement fédéral s’intéressa à la question mais il n’existait toutefois pas de lois qui protégeraient les travailleurs et travailleuses syndiqué(e)s. Cela ne les empêcha pour autant de former des organisations dont le but était d’améliorer leurs conditions de travail. C’est ainsi que les facteurs et factrices de la poste formèrent une association en 1891 et que de nombreux lieux de travail eurent des mutuelles de prévoyance.

La création du ministère du Travail en 1900 fit entrer dans le service fédéral des employé(e)s qui avaient pour la première fois l’expérience des syndicats. La Gazette du travail, publiée par ce ministère, rendait facilement accessibles des nouvelles et autres informations syndicales nationales aux travailleurs et travailleuses, y compris aux employé(e)s fédéraux/fédérales et ce, pour la toute première fois. Grâce à cette publication et à leur contact avec les personnes nouvellement recrutées, les fonctionnaires disposaient de ressources précieuses. Une nouvelle culture se développa alors pour les travailleurs et travailleuses qui saisissaient la nécessité de se syndiquer. Le quart des fonctionnaires du gouvernement fédéral étant concentré à Ottawa et travaillant depuis un nombre relativement restreint d’immeubles, il fut donc facile de communiquer entre les ministères. Ils profitèrent également d’activités sociales, notamment au sein de la Société sportive amateur de la fonction publique pour apprendre à se connaître, ce qui leur offrait des occasions de discuter de leurs griefs dans les vestiaires du sous-sol de la colline du Parlement.

Les profondes transformations envahissant alors la société de l’époque eurent pour effet d’aggraver les sources de frustration. Certes, le gouvernement promit d’améliorer les salaires, mais ces promesses restèrent lettre morte. Une entité du nom de Civil Services Committee (Comité des services civils), composée de cadres supérieurs de la fonction publique, s’adressa au gouvernement au nom des fonctionnaires, mais le gouvernement n’était pas tenu pour autant de donner suite à ce qu’il entendait de leur part, ce qu’il ne se privait pas de faire la plupart du temps. Ce comité n’était ni représentatif ni efficace. Tous ces éléments ne firent qu’approfondir le sentiment de frustration des fonctionnaires. Les jeunes employé(e)s, mécontents de l’évolution de la situation voulurent alors du changement sur leur lieu de travail.

En avril 1907, dans une lettre distribuée à tous les ministères il était demandé aux fonctionnaires de procéder à l’élection de représentant(e)s qui assisteraient à une réunion dont l’objectif final était de former un nouveau syndicat qui représenterait leurs intérêts. On entendit dire que toute la fonction publique était en ébullition ! Le 29 avril, les personnels de la plupart des ministères se réunirent pour élire leurs délégué(e)s dans chacune des classifications. Puis, le 13 mai, ils se retrouvèrent dans la salle surpeuplée du Comité des chemins de fer de la Chambre des communes. L’auteur de cette lettre, celui-là même qui ouvrit la réunion, avait pour nom J. Lambert Payne, un employé des Chemins de fer et Canaux, le précurseur de ce qui deviendrait avec le temps le ministère des Transports.

Organisateur clé pour la création d’un syndicat, Lambert Payne avait joué un rôle actif au sein de l’association athlétique. Élu secrétaire de la réunion, il fut le premier à prendre la parole, en profitant pour énumérer les objectifs de l’organisation sur le point de naître. À la fin de son discours, il proposa la motion suivante :

‘Que le présent Congrès, composé de délégué(e)s représentant pratiquement tous les ministères et toutes les classes de la Fonction publique à Ottawa, désire exprimer son appréciation des services rendus par le Comité nommé il y a quelques années pour s’occuper de certaines questions touchant les intérêts des fonctionnaires à Ottawa. Et vu les conditions actuelles, nous nous déclarons par la présente en faveur de la syndicalisation immédiate des fonctionnaires sous le titre de l’Association du Service civil’.

Une fois cette motion adoptée, les délégué(e)s acclamèrent avec grand enthousiasme la formation de leur nouveau syndicat.

Ce soir-là, dans la salle se trouvaient des employé(e)s du Ministère de la marine et des chemins de fer et des canaux, et de celui des services navals. Ces ministères furent par la suite regroupés au sein du ministère des Transports en 1936. La présence de membres représentant tous les ministères du gouvernement à Ottawa sonna le lancement d’un syndicat pan-ministériel.

L’Association du Service civil (ASC) ne tarda à agir. En effet, le syndicat présenta sans plus attendre son point de vue à une commission royale nouvellement nommée et chargée d’’examiner tous les aspects du service civil’. Pour commencer, il publia le journal The Civilian qui fut largement distribué à Ottawa. Lors d’une de ses premières réunions, Alphonse Desjardins, fondateur et président de la Caisse Populaire de Lévis, première coopérative de crédit au Canada, s’adressa à 150 personnes. À la fin de cette réunion, les personnes présentes acceptèrent de fonder La Coopérative de crédit du service civile Limitée (CS COOP) qui exerça des pressions pour mettre fin au favoritisme dans la fonction publique en soutenant les nominations reposant sur ‘le mérite et le caractère uniquement’.

Les employé(e)s du service fédéral furent désigné(e)s de personnel ‘intérieur’ et ‘extérieur’ plutôt que personnel du siège social ou encore régional ou local. La faiblesse de la Coopérative venait du fait qu’elle n’était basée qu’à Ottawa et ne représentait que les employé(e)s ’internes’. Le besoin d’unité n’en fut que plus évident.