À l’occasion du Mois national de l’histoire autochtone, l’UCET a décidé de raconter l’histoire de Bertha Clark-Jones. Cette militante d’origine crie (nehiyawak)-métisse, née le 6 novembre 1922 à Clear Hills, en Alberta, est le cinquième enfant d’une famille qui en a compté quatorze, tous d’origine crie-métis, une des premières à s’établir dans la petite collectivité de Clear Hills. Ayant toujours vécu dans la pauvreté, Bertha a travaillé à la ferme pour gagner sa vie.

Depuis sa tendre enfance, Bertha Clark-Jones était reconnue dans sa communauté pour intervenir si quelqu’un faisait face à une injustice. Avoir grandi dans une grande famille l’a amené, dit-elle, à ressentir beaucoup de compassion et à se soucier des gens qu’elle côtoyait. Ses parents lui ont transmis des valeurs très fortes s’appuyant sur la détermination de soi et une solide éthique du travail, autant de facteurs qui l’ont conduit à devenir une activiste acharnée plus tard dans sa vie.

Juste avant la 2e Guerre mondiale, elle s’installe en 1939 à Grande Prairie, en Alberta, où elle vit avec sa sœur et son beau-frère, et travaille dans la région jusqu’à ce qu’elle contribue à l’effort de guerre. En 1940, alors âgée de 18 ans, elle s’enrôle dans l’Aviation royale canadienne. Bertha a voyagé partout dans son pays durant la guerre, mais n’a jamais pris part à une mission outremer. Au lendemain de la guerre, grâce à son expérience militaire, elle entreprend des démarches pour que les vétérans autochtones soient traités équitablement, puis se joint à l’Aboriginal Veterans Society (les peuples autochtones et les guerres mondiales).

« Je n’ai jamais perçu la moindre discrimination dans l’Aviation royale canadienne ; le fait que je sois jeune, autochtone, ou une femme, ne semblait pas déranger […] nous n’avions pas de temps pour des pratiques discriminatoires. »

Une Loi canadienne (Loi sur les terres destinées aux anciens combattants) encourageait les anciens membres des Forces armées en leur fournissant des prêts pour cultiver des terres. Toutefois, étant une femme, Bertha n’eut pas le droit de posséder sa propre terre dans l’établissement métis, une situation discriminatoire qui la révolta. Outre cette difficulté, elle remarqua que « les membres de Premières nations perdirent leur statut après avoir quitté leurs réserves pour s’enrôler, et pour cette raison, n’avaient plus ni terre ni maison à leur retour. » La Loi sur les Indiens stipulait à l’époque que les soldats membres de Premières nations qui s’absenteraient de leurs réserves pendant plus de quatre ans perdraient leur statut d’Indiens.

Tous ces événements amenèrent Bertha Clark-Jones à se lancer dans la lutte en faveur des droits de la personne et de ceux des femmes autochtones. Pendant la guerre, Bertha tomba amoureuse d’un Australien qui était au Canada temporairement. Elle tomba enceinte, mais ‘son’ sergent devant retourner dans son pays d’origine, elle décida de donner son enfant en adoption devant son manque total de ressources pour l’élever. Finalement, elle rencontra un ancien combattant dont elle avait fait la connaissance il y avait longtemps, et décida alors de se marier. Ensemble, ils bâtirent une famille de six enfants.

Lorsque la ferme familiale fut réduite en cendres par un incendie, elle déménagea avec toute sa famille à Fort McMurray. C’est alors que Bertha contribua à la création de Nistawoyou, un centre d’amitié autochtone, qui devint un lieu de rencontres pour hommes et femmes autochtones arrivant du nord du Canada à la recherche de travail. Elle travailla aussi au comité d’habitation du centre, puis à NewStart, un programme de perfectionnement des études.

Forte de sa grande expérience elle cofonda la Voice of Alberta Native Women’s Society en 1968, une fondation qui représente les femmes autochtones avec ou sans statut d’Indien, afin de les aider à obtenir l’égalité des droits dans la Loi sur les Indiens. En plus de tous ses accomplissements, elle décida aussi d’aider la société à se battre, au début des années 1970, pour les droits des enfants placés autochtones.

Bien déterminée à continuer son combat, Bertha Clark-Jones fit partie de l’équipe lorsque la ‘Society’ devint l’Association des femmes autochtones du Canada dont elle fut la première présidente en 1974. Elle ne cessa de lutter pour surmonter nombre d’obstacles auxquels les enfants autochtones sont confrontés dans le système de services sociaux du Canada.

Durant sa retraite qui date de 1980, elle continua à défendre et promouvoir les lois ancestrales, les croyances spirituelles, les langues et les traditions autochtones. Elle siégea au comité directeur de l’Institute for the Advancement of Aboriginal Women pour la production du livre Our Women in Uniform: Honouring Aboriginal Women Veterans of Alberta, publié en 2003. Elle fut aussi reconnue comme une aînée dans la communauté métisse de l’Alberta.

En somme, Bertha a mené tout un combat. Née activiste social, elle a consacré sa vie à aider les Autochtones au Canada, et ne cessa jusqu’à son décès, le 21 octobre 2014 à Bonnyville, en Alberta, d’encourager son fils à poursuivre des pétitions auprès du lieutenant-gouverneur de l’Alberta, demandant la tenue de référendums sur une tarification du carbone et le controversé Projet de loi 6, qui entraînerait de nouvelles règles de sécurité en milieu de travail et d’indemnisation aux travailleurs de ferme et de ranch. George raconte que trois jours avant que sa mère ne meure à 91 ans d’une crise cardiaque, Bertha Clark-Jones lui a dit : « Ils doivent entendre ce que tu as à dire ». Malgré une forte opposition, le Projet de loi 6 fut adopté en décembre 2015.

 


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