Non seulement les aéroports du Canada sont en difficulté en raison de l’impact direct du coronavirus, mais les personnes qui assurent la sécurité de nos déplacements au sol, comme les personnels des aéroports et de Nav Canada, le sont également, car ils veillent aussi à la sécurité de l’espace aérien au-dessus de nous. La majorité des Canadiens et Canadiennes ne voyageront pas pour affaires, et certainement pas pour le plaisir, tant qu’ils ne se sentiront pas à l’aise pour le faire.

La vérité est que dans un pays comme le Canada, les aéroports sont un service essentiel. Nous avons besoin de personnes qui font des allers-retours pour travailler dans le secteur des ressources et pour rendre visite à des familles qui vivent dans la province ou dans le pays. Le Canada a peut-être été créé par le chemin de fer, mais il a été maintenu et développé grâce à notre communauté d’aéroports d’un océan à l’autre.

Les aéroports du Canada sont un moteur économique qui crée sa propre richesse pour ses communautés et l’économie du pays. Selon le Conseil des aéroports du Canada, en 2016, les aéroports du Canada ont accueilli plus de 140 millions de passagers, ont contribué à la production économique à hauteur de 48 milliards de dollars, au PIB à celle de 19 milliards de dollars, à la création de 194 000 emplois et à la rémunération à raison de 13 milliards de dollars. Si l’on inclut les données indirectes et induites, l’impact total passe à 79 milliards de dollars en production économique, 35 milliards de dollars en PIB, 355 000 emplois et 22 milliards de dollars en salaires.

Avant la pandémie, les aéroports généraient plus de 7 milliards de dollars de recettes fiscales qui étaient dirigées vers les différents niveaux de gouvernement. Les grands aéroports, comme l’aéroport international d’Ottawa, contribuent largement à la prospérité de l’économie locale, générant 2,2 milliards de dollars de production totale chaque année. Les petits aéroports régionaux, comme celui de North Bay, créent des opportunités économiques pour les entreprises locales. Quelle que soit leur taille, tous les aéroports sont exploités de manière indépendante et sont tenus par la réglementation d’être autonomes.

Mais depuis que le virus a frappé, le trafic de passagers s’est ralenti et les aéroports ont connu une baisse spectaculaire de leurs recettes et de leurs revenus. Nav Canada, notre système de navigation aérienne civile, a déclaré en mai que le trafic aérien avait diminué en avril de 74,7 % en moyenne par rapport à avril 2019. En juin, il n’était pas beaucoup mieux. Nav Canada a indiqué qu’en juin 2020, le trafic aérien avait diminué en moyenne de 71,1 %.

Quand la situation va-t-elle s’améliorer ? Pas de sitôt. Les compagnies aériennes et les experts en aviation laissent en effet entendre que la période nécessaire pour une amélioration spectaculaire de ces chiffres et du bien-être économique des aéroports, ne se produira pas avant au moins deux ans. La vraie question n’est pas de savoir quand, mais comment. Par exemple, comment les aéroports vont-ils survivre aux deux prochaines années de turbulences ?

Le gouvernement fédéral a commencé par apporter une aide à court terme sous la forme d’allègements des loyers et de subventions salariales aux employeurs. Ces mesures ont été bien accueillies et appréciées, mais elles ne suffisent toutefois pas. Il faut un programme complet d’allègements des loyers qui dure jusqu’à ce que le trafic aérien revienne à 90 % de ce qu’il était avant la pandémie. Il faut également étendre le Programme d’aide aux immobilisations aéroportuaires qui aide les petits aéroports à effectuer des améliorations et des réparations. Enfin, le gouvernement doit inclure des programmes d’aide aux salaires et à l’entretien pour permettre aux aéroports régionaux de survivre jusqu’à des temps meilleurs.

Le gouvernement fédéral devrait également travailler avec ses partenaires provinciaux et municipaux sur les moyens de fournir en coopération un soutien financier et des allègements fiscaux aux aéroports de toutes tailles. En outre, il faut envisager de permettre aux grands aéroports d’emprunter davantage aujourd’hui afin de garantir leur avenir et celui de nos aéroports de demain. Les gouvernements doivent reconnaître que les aéroports ont une capacité remarquable à générer des revenus et de la croissance. Ils devraient donc avoir la possibilité d’étendre leurs services, comme les boutiques et les services hors taxes à l’arrivée, pour soutenir ce service essentiel.

Enfin, le gouvernement fédéral devrait lier toute aide financière à l’ensemble du secteur de l’aviation à des conditions qui protègent les emplois et la sécurité des personnes qui travaillent dans cette industrie. Ces conditions sont aussi essentielles au fonctionnement des aéroports et du transport aérien que les avions et les pistes d’atterrissage et les compagnies aériennes, et devraient donc être traitées en conséquence.

L’immensité du Canada fait du transport aérien une nécessité et non un luxe, lequel est essentiel pour l’économie de tant de communautés et pour le bien-être de centaines de milliers de Canadiens et Canadiennes. Il est temps que le gouvernement fédéral montre son engagement à long terme à maintenir notre industrie de l’aviation dès maintenant, afin qu’elle soit prête à nous accueillir quand nous en aurons besoin.

Dave Clark

Union canadienne des employés des transports

Ottawa

Un article sera publié dans les semaines à venir dans le journal The Hill Times. Nous vous le partagerons au moment de sa publication.