Lorsqu’un président américain diabolise un groupe ethnique en l’accusant d’être à l’origine d’une pandémie, cela peut donner une légitimité au racisme. Alors qu’au sud de notre frontière, les médias ont couvert certaines des pires attaques dirigées contre les personnes d’origine asiatique, nous ne sommes pas pour autant à l’abri de tels incidents au Canada. La police de Vancouver a en effet signalé une hausse vertigineuse du nombre de crimes haineux anti-asiatiques, passant de 12 cas en 2019 à 98 en 2020. Une enquête du Conseil national des Canadiens chinois a révélé 1 150 incidents de racisme anti-asiatique pendant la pandémie, dont près de la moitié ont eu lieu en janvier et février 2021. Il s’agit principalement de cas de ‘harcèlement verbal’, mais 11 % des personnes interrogées ont déclaré avoir été victimes de ‘violence physique, d’agression ou de contact physique non désiré’. Les victimes ont rapporté avoir subi des crachats, s’être fait tousser dessus, ou encore avoir été la cible de ‘vandalisme’.

En 2020, Angus Reid a constaté que 43 % des Canadiens d’origine asiatique interrogés ont déclaré se sentir menacés ou intimidés en conséquence directe de la COVID-19. Voilà ce qu’il se passe lorsque la haine n’est pas contrôlée. « La haine et l’intolérance menacent la sécurité publique, elles violent les droits de la personne et empêchent notre société de vivre librement et d’être inclusive. C’est une menace à la démocratie. », a déclaré Marie-Claude Landry, présidente de la Commission canadienne des droits de la personne. « Personne au Canada ne devrait sentir que sa sécurité est menacée en raison de qui ils sont, de la couleur de leur peau ou de l’origine de leurs ancêtres. »

Bien que nous ayons tendance à désigner les personnes d’origine asiatique comme des ‘néo-Canadiens’, il convient de se remémorer que c’est dès 1788 que des migrants chinois ont établi des colonies de traite des fourrures dans le territoire Nuu-chah-nulth (aujourd’hui la Colombie-Britannique). La première grande période d’immigration a été marquée par l’arrivée au Canada d’environ 15 à 17 000 travailleurs sous contrat pour la construction du chemin de fer dans les régions montagneuses de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. Alors que le gouvernement et les entreprises étaient heureux d’exploiter ces personnes pour leur travail manuel, une fois la construction terminée, des lois anti-asiatiques furent promulguées. La Loi de l’immigration chinoise de 1885 imposait une taxe d’entrée de 50 $, soit l’équivalent de près de deux mois de salaire. En 1903, son montant passait à 500 dollars, ce qui représente 14 800 dollars d’aujourd’hui. Puis, en 1923, le Parlement adoptait la Loi concernant l’immigration chinoise et visant à la restreindre, qui interdisait presque toute immigration chinoise. Cette loi ne fut abrogée qu’en 1947. Il a fallu attendre 2006 pour que le gouvernement fédéral présente des excuses officielles pour cette taxe d’entrée raciste.

Tous les Asiatiques se sont vu refuser le droit de vote : les Chinois en 1874, les Japonais en 1895 et les Sud-Asiatiques en 1907. Des lois furent adoptées pour exclure les Asiatiques de nombreux métiers tels que dans les secteurs des mines, les emplois gouvernementaux ou d’autres professions comme celle des avocats. Les lois sur les salaires permirent aux employeurs d’embaucher des Canadiens d’origine asiatique à des emplois subalternes ou des travaux agricoles, et de les payer moins cher que les Caucasiens. Les syndicats accusèrent à leur tour les Canadiens d’origine asiatique de ‘concurrence déloyale’ en plus de ‘voler des emplois et de saper les salaires des syndicats’, mais ne leur permirent pas d’adhérer.

Lorsqu’en septembre 1907, un navire en provenance du Pendjab transportant 901 sikhs entra dans le port de Vancouver, la ligue raciste ‘Asiatic Exclusion League’ prit la tête d’une foule de quelque 9 000 personnes qui brisèrent les fenêtres de maisons et de magasins de Canadiens d’origine asiatique, et les détruisirent.

En 1942, lors de la déclaration de guerre du Canada au Japon, les premières victimes de ce conflit furent les Canadiens d’ascendance japonaise. C’est ainsi que 20 881 personnes, dont 75 % étaient des citoyens canadiens, furent déplacées des régions côtières de la Colombie-Britannique. Leurs maisons, fermes, entreprises et biens personnels leur furent tous confisqués. Ces personnes furent alors internées dans des ‘camps de détention’, forcées de réaliser des travaux routiers et agricoles. Celles qui résistèrent au vol de leurs biens furent alors désignées de ‘prisonniers de guerre’ et envoyés dans des camps de prisonniers de guerre en Ontario.

Le mouvement syndical a malheureusement perpétué le racisme anti-asiatique. En ne permettant pas aux Asiatiques de devenir membres, en soutenant des lois anti-immigration et d’autres sur le travail, ou en leur refusant la possibilité d’exploiter leur propre entreprise pour subvenir aux besoins de leur famille, les syndicats contribuèrent à leur marginalisation. Compte tenu de notre propre histoire raciste, nous ne pouvons pas pointer un doigt d’indignation vertueux sur les autres. Nos gouvernements, nos entreprises et nos travailleurs ont tous encouragé le racisme au Canada.

Si nous ne pouvons pas changer le passé, nous pouvons par contre façonner un avenir différent. Les syndicats doivent s’opposer à toutes les formes de racisme, quelles qu’elles soient. Nous devons défendre nos consœurs et nos confrères d’origine asiatique, leurs familles et les membres de notre communauté qui craignent quotidiennement les conséquences des attitudes racistes.


https://www.chrc-ccdp.gc.ca/fr/ressources/le-racisme-envers-les-personnes-asiatiques-na-pas-sa-place-au-canada

https://www.chrc-ccdp.gc.ca/en/resources/anti-asian-hate-has-no-place-canada