L’industrie aérienne canadienne joue un rôle crucial dans l’économie du pays et dans nos relations mutuelles. Avec l’arrivée du COVID-19, cette industrie a été pratiquement clouée au sol. En effet, les gens ne voyagent plus, les entreprises ont presque cessé leurs activités et les aéroports sont vides. Le Canada est connu pour être un leader en matière de sécurité aérienne, et pourtant le gouvernement est loin d’atteindre ce niveau. Alors que les restrictions se relâchent, le gouvernement canadien doit élaborer et partager un plan qui permette à cette industrie de reprendre ses activités afin que les communautés de tout le pays puissent entamer le processus de reconstruction.

Au cas où il y aurait un débat sur l’importance de voyager dans tout le Canada, voici quelques chiffres qui en disent long :

  • Selon Statistique Canada, plus de 2 % du PIB du Canada provient du seul commerce des voyages et du tourisme, ce qui représentaient plus de 35 milliards de dollars en 2018[i].
  • Le secteur du transport aérien compte environ 76 000 emplois, dont 73 % dépendent du tourisme[ii].
  • Selon le Meetings Means Business, l’industrie canadienne des réunions et des affaires fournit 33 milliards de dollars par le biais de dépenses directes et quelque 229 000 emplois[iii].
  • Selon le Conseil des aéroports du Canada, avant le COVID, les aéroports du Canada employaient 200 000 personnes, ce qui représentait environ 13 milliards de dollars en salaires et 7 milliards de dollars en taxes pour les différents niveaux de gouvernement.

La réouverture des frontières du Canada, aussi bien à l’intérieur du pays qu’avec l’étranger, est essentielle pour aider non seulement l’industrie aérienne mais aussi les petites entreprises comme les voyagistes, les grands hôtels, les restaurants locaux et bien d’autres encore. La situation stressante actuelle pour des millions de Canadiens et Canadiennes pousse à se demander ‘quand pourrai-je retourner au travail, et y aura-t-il un emploi pour moi ?’

Il serait injuste que le gouvernement annonce la réouverture sans laisser à chacun le temps de s’y préparer de manière responsable. Cela doit être fait avec soin, ce qui signifie que le Canada doit avoir un plan et le faire connaître.

Pour être juste, il est bon de reconnaître que le gouvernement canadien reçoit de nombreuses demandes d’aide de la part de toutes les industries en raison de l’impact du nouveau coronavirus, et qu’il a apporté une aide aux Canadiens et Canadiennes par le biais de divers programmes tels que le programme de subvention salariale d’urgence ou encore les programmes modifiés d’emplois d’été pour étudiants. Plus précisément, il a assoupli de nombreuses réglementations pour la conformité de l’industrie aérienne, et a notamment prévu une réduction de 10 mois du loyer foncier. Les demandes d’aide financière accrue de la part de tous les secteurs ne cesseront pas d’arriver. La seule façon d’y parvenir est de faire preuve de leadership et d’élaborer un plan efficace qui garantisse la sécurité des Canadiens et Canadiennes et des voyageurs internationaux sur la façon d’ouvrir les frontières et de reconstruire notre économie.

Ce n’est pas comme si le Canada avait besoin d’élaborer un plan à partir de zéro. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), basée à Montréal, qui relève des Nations unies et dont le Canada est signataire, a produit un rapport qui décrit les cinq étapes fondées sur les risques (de l’étape 0 à l’étape 4) pour rouvrir les voyages en toute sécurité. Ces étapes sont les suivantes :

  • déplacements minimaux avec restrictions ;
  • faible volume de passagers pour permettre aux aéroports et aux compagnies aériennes de mettre en œuvre des stratégies de santé publique ;
  • augmentation continue du volume de passagers pour correspondre aux stratégies de santé et aux autres modes de transport locaux ;
  • nouvelle augmentation des voyages, car la propagation du virus est suffisamment contenue dans une masse critique de grandes destinations dans le monde, comme le déterminent les autorités sanitaires ; et
  • lorsque des interventions sont disponibles au niveau international[iv].

À l’heure actuelle, le Canada reste entre les étapes 0 et 1. Notre pays est trop grand pour ne pas autoriser les voyages nationaux sans restrictions, avec les précautions sanitaires appropriées.

De même, l’Association internationale des transports aériens (IATA), dont le siège est également à Montréal, au Québec, a fourni un rapport[v] qui détaille la manière dont les aéroports devraient rouvrir pour gérer les voyageurs et le personnel du secteur aérien – du pré-vol aux arrivées. Le Canada a choisi d’exiger l’utilisation de masques et le contrôle de la température… quand mettra-t-il en œuvre le reste des normes ?

De plus, il fait référence au bulletin consultatif sur le contrôle de sécurité du Conseil international des aéroports (ACI), une autre organisation basée à Montréal. Il s’agit d’un guide étape par étape pour traiter de l’expérience des passagers aériens, comportant des solutions canadiennes qui doivent être mises en œuvre par le Canada.

‘Une fois la crise passée, l’aviation devra être prête à jouer un autre rôle, celui d’aider à restaurer des économies malmenées et à remonter le moral des gens grâce au pouvoir du voyage.’ – Biosafety for Air Transport: A Roadmap to Air Recovery, IATA

De nombreux autres pays dans le monde dépendent tout autant du tourisme et du transport aérien pour leur économie. Certains comme l’Allemagne, la France, la Thaïlande ou encore le Japon ont commencé à élaborer et à mettre en œuvre un plan d’introduction progressive qui augmente lentement le nombre de pays autorisés à voyager à destination et en provenance de leur territoire. Ces plans vont plus loin en identifiant la manière dont ils élargissent leur bulle de voyages et la date à laquelle ils seront complètement rouverts aux voyages internationaux – dans la plupart des cas, plus tard cet été.

L’immensité du Canada fait du transport aérien une nécessité et non un luxe. Il est essentiel pour l’économie de tant de communautés et pour le bien-être quotidien de centaines de milliers de Canadiens et Canadiennes. Il est temps que le gouvernement élabore et diffuse son plan pour une réouverture structurée et sûre. Avec l’OACI, l’IATA et l’ACI situées à Montréal, nous sommes reconnus comme le leader de la sécurité aérienne. Le Canada doit agir comme un chef de file et montrer au reste du monde comment nous pouvons rouvrir le ciel d’une manière qui soit sûre pour les Canadiens/Canadiennes et le reste du public voyageur.

[i] https://www.statista.com/statistics/422482/contribution-of-travel-and-tourism-to-gdp-canada/

[ii] https://www.statista.com/statistics/422482/contribution-of-travel-and-tourism-to-gdp-canada/

[iii] Meetings Mean Business https://www.meetingsmeanbusiness.ca/

[iv] International Civil Aviation Organization, Council Aviation Recovery Taskforce Take-off: Guidance for Air Travel through the COVID-19 Public Health Crisis¸ https://www.icao.int/covid/cart/Documents/CART_Report_Take-Off_Document.pdf

[v] International Air Transport Association Biosafety for Air Transport: A Roadmap to Air Recovery https://www.iata.org/contentassets/5c8786230ff34e2da406c72a52030e95/roadmap-safely-restarting-aviation.pdf